"Déchets et consommation", par Caroline FORGUES, Ingénieur consultante

Introduction
            L'objectif de cette intervention est de montrer en quoi nos actes de consommation et plus globalement l'organisation de notre société de consommation sont responsables de la problématique des déchets telle qu'elle se pose aujourd'hui. Avant d'aborder ce thème, je vais faire un petit historique du déchet et de ses représentations, qui explique en grande partie pourquoi il a été longtemps occulté, mais également un point sur la situation actuelle de la gestion des déchets, pour mieux aborder les démarches possibles et nécessaires de prévention des déchets.
 
 
A) Petite histoire du déchet – Représentations
 
            Le déchet a toujours existé. La sédentarisation et l'agglomération des hommes dans les villes ont conduit à des accumulations qu'il a fallu gérer : Cnossos avait un système d'enlèvement des ordures 2000 ans avant JC, avec lesquelles on fabriquait du terreau. Au Moyen Age, on jette « tout à la rue », excréments humains et animaux, ordures, ces dernières servant à l'alimentation des basses-cours et des porcs. Le mode d'élimination est celui du tassement naturel, ce qui surélève les rues au fur et à mesure du temps.
            Du 13ème siècle (1ères velléités royales d'interdiction de dépôt dans la rue) au 18è/19è siècles, on assiste à un développement de l'organisation du « cycle des immondices », avec une différenciation entre les produits liquides/boueux (excréments, eaux usées) évacués par l'eau (mise en place des égouts au 18ème s. à Paris) et les produits solides : M. Poubelle, Préfet de police de Paris, impose aux habitants en 1884 de sortir leurs déchets sur la voie publique à heure fixe et dans des récipients.
 
            Comment a-t-on géré les ordures avant l'arrivée des traitements modernes ?
- la mise en tas est une solution (buttes Chaumont, Parc Monceau pour Paris, aux Pays Bas on y installa les moulins) ;
- l'eau ensuite est un mode d'évacuation gratuit et peu visible : rejets dans les torrents, fleuves, dans la mer (Marseille utilisa la méthode jusqu'en 1886, l'Angleterre a pratiqué longtemps le rejet en mer) ;
    le feu qui fait disparaître ce qui brûle ;
 
- mais surtout, le trou est le lieu de dépôt privilégié : mines, carrières, remblaiement des zones humides (avec les risques de pollution de l'eau), trous créés pour l'occasion : la « décharge », aujourd'hui « centre de stockage » sous-entendu « définitif ».
            Plus généralement, les espaces de faible valeur, sans propriété bien identifiée, les friches, les recoins attirent le dépôt sans témoin, et l'ordure attire ensuite l'ordure.
 
 
 
            L'histoire du déchet est celui de son externalisation des villes, éloignement physique mais aussi psychique :
- au Moyen Age, on vit sur les ordures et les excréments, témoignage d'une certaine tolérance. Les déchets sont utilisés comme engrais bien sûr, mais aussi en médecine et en cosmétologie, pour la fabrication d'ammoniaque, ...
- les préoccupations d'hygiène se doublent à la Renaissance des préoccupations pour une ville nouvelle propre, belle, ordonnée : il faut chasser les indésirables hors de la ville, leur assigner un lieu. Le déchet errant, comme le fou ou le délinquant, sont dangereux, il faut les parquer dans un espace réservé.
 
            Le déchet est ce qui est déchu (racine « cadere » - tomber, la même que cadavre) c'est la mort des objets et des matières. Excrément, déjection, rejet, rebus (de « repousser »), résidu, détritus, débris, ordure (de « ord » sale), immondices (« immondus » sale, malpropre, obscène), ... tous les qualificatifs renvoient à l'évacuation (préfixe dé et ex/é : hors de) et à la souillure, à l'usure.
            Il faut éliminer (hors de « limen » le seuil), faire franchir le seuil de la maison, puis de la ville à ces matières qui renvoient l'image souillée de nos activités. Face obscure des diptyques propre/sale, dedans/dehors, montré/caché, vie/mort, le déchet est déprécié et banni de la cité, de l'espace public. Confié à des hommes de l'ombre, éboueurs/égoutiers/fossoyeurs, Intouchables en Inde par exemple, ils sont évacués de nuit dans des voitures bien closes, dans le cadre d'une organisation publique qui le fait disparaître ... Cette « publicisation », donc dépossession des particuliers de leurs responsabilités face à leurs « restes », est actée de façon claire dans la 1ère loi française sur les déchets qui date de 1975 : ce sont les collectivités locales qui ont l'obligation de collecte et traitement des déchets ménagers, aidées par une démarche de planification à l'échelle départementale.
 
            A l'ombre de cette image négative, le déchet est cependant la base de toute une économie et ce depuis longtemps :
·       Autrefois les chiffonniers fouillant les ordures dans un ordre bien déterminé (le chiffonnier placier détenait un droit de fouiller en place – dans la cour -, prenant les meilleures ressources avant les autres chiffonniers) ;
·       Aujourd'hui récupérateurs organisés au sein d'une fédération professionnelle.
            Enfin on peut citer la récupération des « monstres », sorte de don différé entre le jeteur qui dépose son bien déchu avec attention dans la rue, et le preneur qui accède à un bien qui lui convient.
 
            Car le statut de déchet n'est pas pérenne : la matière ou l'objet qualifié comme tel quand il sort de la sphère privée et souille l'espace public, dé-valorisé un temps, n'est qu'un résidu provisoire dans l'attente d'une nouvelle utilisation.
            La définition réglementaire reprend ce constat : le déchet est une matière, objet, résidu, un bien meuble, que l'on abandonne ou que l'on destine à l'abandon.
 
            Submergés par nos déchets, nous assistons à une certaine réhabilitation du déchet en tant que ressource : les Collectivités et les industriels y trouvent leur intérêt, les techniciens travaillent la question (naissance de la science du déchet, la « rudologie ») mais une raison est aussi la prise de conscience du public, et un intérêt « forcé » lors des projets d'installation d'usines de traitement (incinérateurs ou décharges) : les associations de refus de ces projets deviennent force de proposition pour des gestions alternatives, avec un accès aux informations via les plans départementaux. 
            Saurions-nous enfin regarder nos déchets en face ?
 
 
 
 
B) Production et traitement des déchets en France
 
            Les déchets produits par notre société de consommation sont de 2 sortes :
    les déchets de la consommation finale des ménages, entreprises et administrations : déchets ménagers ou industriels ;
    les déchets de production des biens de consommation : déchets industriels
 
            Que produisions-nous exactement ? Qualification selon l'origine (le producteur) et la nature (déchets inertes, banals, dangereux) – chiffres de 2002
 
Déchets de la sphère publique :
·       Déchets ménagers : 37 Millions de tonne dont 10 mt d'encombrants ; 22 Mt d'ordures ménagères (collectées en porte à porte ou bornes d'apport volontaire) au sens strict + 4 Mt de déchets assimilés (artisans, commerçants) collectés en mélange avec les Ordures Ménagères
·       Autres déchets gérés par les Collectivités locales : Nettoiement 4 MT, Déchets verts 1 MT ; Assainissement collectif (boues de STEP) 9 Mt; soit 50 Mt gérées par les CL
 
Déchets des entreprises :
Déchets banals, non dangereux : 94 Mt – dont 43 Mt IAA (orga surtout), 30 Mt de déchets « classiques » des entreprises
Déchets dangereux des entreprises : 9 Mt en diminution, installations de traitement suffisantes
Déchets du BTP : 30 Mt du bâtiment ; 100 Mt des travaux publics
Déchets agricoles : Déjections d'élevage 275 Mt ; Déchets de culture 55 Mt ; Déchets des forêts 45 Mt ~350 Mt
 
            L'enjeu sur les déchets non dangereux, ménagers ou industriels est d'augmenter la valorisation.
            De quoi est composée notre poubelle ?
·       Déchets organiques : près de 30% sur poids bruts, très humides, 16% du poids secs
·       Matériaux 55% :
    25% de papiers-cartons
    13% de verre (4% en 1960)
    11% de plastiques (2% en 1960) Plastic-Age
    4% de métaux, 4% de textiles
Les emballages représentent 40% du poids, journeaux-magazines-papiers ~ 10%
·        Divers 15% (dont déchets dangereux ~ 250 000 t)
 
            Les traitements disponibles sont les suivants, du plus « noble » ou plus « dégradé » selon la hiérarchie de la réglementation française :
1)    Réutilisation :
- plus de consigne en France sauf pour des emballages industriels de type palettes, l'Allemagne se défend régulièrement devant la cour de justice européenne pour défendre son système
   marché de la seconde main (réseaux Emmaüs, Envie, ...)
 
2) Recyclage matière : il nécessite un tri à la source, une collecte sélective.
·       Dans ce cadre, on peut placer le compostage, qui vise à rendre les déchets organiques à la terre, juste retour, lutte contre l'appauvrissement des sols. Si directement par les habitants, tout bénéfice, diminution des quantités produites.
 
 
·       Recyclage des matériaux cartons/papiers, métaux, verre, plastiques (pose des problèmes du fait de la diversité des plastiques utilisés) : c'est éliminer le problème du déchet, mais également économiser les ressources (les déchets seront peut-être à terme nos seules ressources matérielles, il n'est pas exclu qu'on exhume nos déchets dans des temps plus ou moins éloignés : les décharges seraient les nouvelles mines !). 
 
            En 2002, 90% de la population est desservie par une collecte sélective (porte à porte ou apport volontaire) ; 12% des ordures ménagères sont recyclées, sur un potentiel d'environ 50% ; 6% sont compostés sur un potentiel de 30%.
 
            Ce qu'il est possible de faire :
    A l'étranger : jusqu'à 60% de déchets recyclés ou compostés à Halifax (Canada) avec un objectif de 88% ; 70% à Edmenton ; Nouvelle-Zélande : 50 à 60% ; Helsinski 55% ; Etat de la Californie 47%
    communes de la Porte d'Alsace : réduction des OM en mélange grâce au compostage individuel (22%) et au recyclage (46%) ;
    -   communes Centre Hérault du Caylar aux Portes de Montpellier : collecte des fermentescibles en porte à porte pour fabrication de compost de qualité en mélange avec déchets verts : double objectif gestion des déchets/lutte contre l'appauvrissement des sols. Ce geste de tri a conduit à l'amélioration du tri des matériaux, réduction de moitié des déchets en mélange.
 
            C'est le concept de Zéro déchet, qui est un peu "tape à l'oeil", mais qui vise à détourner au maximum les déchets de l'incinération ou du recyclage. Cette démarche doit s'accompagner d'une très forte communication et sensibilisation.
 
 
3)    Valorisation énergétique :
·       Incinération avec récupération d'énergie : 25% des OM, dans 116 unités de grandes capacités, assez modernes ou modernisées (abaissement des seuils de rejet au 31 déc 2005) – L'incinération est un combustion – oxydation – à haute température, la fraction incombustible (25% des OM) donne les mâchefers, c'est un traitement de réduction de volume
·       Méthanisation : 2 unités seulement, un petite dizaine de projets en cours dont 1 à Montpellier. Dégradation biologique en l'absence d'oxygène, production de biogaz (méthane et CO2) valorisable et d'une fraction solide potentiellement valorisable en compost si elle n'est pas souillée (cas sur fraction fermentescible triée et déchets verts)
·       Autres valorisations : combustibles (le bois énergie, notamment avec résidus forestiers ou broyats de cagettes, etc. - l'utilisation en cimenterie) ; carburants (huiles alimentaires usagées)
 
 
4)    Elimination :
·       Incinération sans récupération d'énergie : 2% des OM, dans 52 unités, vouées pour la plupart à la fermeture ;
·       Stockage définitif : 55% des DM ; encore de nombreuses décharges exploitées mais non autorisées (pas aux normes) : rattrapage du passif - obligation de captage du biogaz (produit pendant plus de 30 ans).
 
 
 
            Le stockage des déchets n'est réservé qu'aux déchets dits ultimes, c'est à dire qui ne peuvent plus être traités pour en extraire la part valorisable (énergie ou matière) dans les conditions techniques et économiques du moment. Cette définition ajustable, inscrite en 1992 dans la révision de la loi de 1975, avait l'objectif de moderniser la gestion des déchets en 10 ans (échéance 2002). Les plans départementaux qui devaient être établis avant 1997 ont donc donné la priorité à l'incinération. Dominique Voynet alors Ministre de l'environnement a demandé la révision des plans pour donner une plus grande part au recyclage et au compostage.
 
            La réglementation a établi une hiérarchie entre les modes de gestion des déchets, en laissant la dernière place au stockage, ce qui ne fait pas l'unanimité des techniciens ni même des politiques : le centre de stockage est désormais géré selon des règles précises et se comporte comme un réacteur de méthanisation.
            Pour certains, c'est une alternative pertinente à l'incinération (cas de Narbonne qui voudrait valoriser le biogaz de sa décharge comme carburant pour les bus de ville). Des procédés de stockage/méthanisation rapides en développement se dérouleraient sur quelques années au lieu de 30 ans actuellement, réduisant d'autant les volumes stockés.
 
 
C) Prévention à la source de la production des déchets
            Il y a donc encore beaucoup à faire pour atteindre un niveau de recyclage satisfaisant, et parallèlement notre poubelle ne cesse de grossir : 1% d'augmentation par an, un doublement depuis 1975. On produit aujourd'hui 373 kg/an/hab. d'ordures ménagères brutes en moyenne, avec des variations de 300 à 500 kg selon les zones rurales ou urbaines, on a donc dépassé le seuil symbolique du kg/jour. Si l'on comptabilise les déchets assimilés, c'est 450 kg/an/hab en moyenne que les collectivités locales doivent gérer.
 
Objectif de la prévention : il ne s'agit pas seulement de détourner de la décharge ou de l'incinération des flux valorisables/recyclables, mais d'éviter la production du déchet à la source et de le détourner vers un second usage, une seconde « vie ».
Définition du Ministère de l'Ecologie : les actions de prévention portent sur les étapes amont du cycle de vie du produit avant la création ou la prise en charge du déchet, de l'extraction de la matière première jusqu'à la réutilisation.
            C'est un nouvel objectif national accompagné d'un plan d'actions en 2004 (site officiel : www.reduisonsnosdéchets.fr) : l'objectif est de stabiliser les quantités de déchets produites d'ici 2008.
            Les administrations doivent montrer l'exemple : c'est le programme du « verdissement » des administrations (actions depuis 2000), montrer l'exemple en tant que structures consommatrices, via son comportement et ses achats. Obj : -5% de déchets produits/an dans les 5 prochaines années.
            France Nature Environnement relaie l'opération, avec un site très riche (http://www.fne.asso.fr/preventiondechets/prevention/prevention.htm).
           
            Que peut-on faire pour prévenir nos déchets à la source ?
            Nous allons d'abord nous intéresser aux actions individuelles avec les moyens à notre disposition, ou à inventer :
 
1)    Eviter le déchet totalement, c'est éviter le produit : Le produit qu'on nous impose (les imprimés publicitaires représentent 1 Mt/an, soit 17 kg/an/hab, on peut apposer une étiquette "stop pub" sur sa boîte aux lettres) mais également s'interroger sur nos besoins et sur l'utilité sociale des produits qu'on nous propose : cela rejoint les démarches de simplicité volontaire, de comportements « minimalistes » prônés par les défenseurs de la décroissance.
 
2)    Mieux choisir ses produits :
·       Éliminer le jetable : sacs de caisse (interdits en Corse, sur l'ile de Ré - une des actions phare du plan national, interdiction dans le projet de loi d'orientation agricole d'ici 2010, ne représentent que 0,5%des OM) mais également vaisselle jetable, sortir de la Jette-Society dont le plus beau symbole est toutes catégories confondues les lingettes préimprégnées qui remplacent le coup d'éponge ou de chiffon, ...
·       Éviter les emballages :
·       sur-emballages et emballages mal conçus bien sûr,
·       mais on assiste également à l'envolée des portions en tous genres et de plus en plus ridicules, acheter en vrac dans la limite du possible, préférer les recharges,
·       Effet : Comparaison par la comUrbaine de Lille de 2 caddies avec le mêmes produits. Résultat : le caddie ordinaire générait 3,5 kg de déchets et coûtait 88€ quand le caddie écolo générait 1,7 kg pour un prix de 55€
·       Dossier symbolique également : « Boire l'eau du robinet », disponible 24h/24h préparée à grand frais mais cependant moins chère que l'eau en bouteille, dont la consommation a doublé en 20 ans (en 2000, 380 000 t de bouteilles plastiques soit 6 kg/an/hab (1,5% de notre poubelle).
·       Acheter des produits qui intègrent des matières recyclés et qui sont produits avec des impacts limités : cas des produits labellisés NFenvironnement et Ecolabel européenne ou label Ange bleu allemand (papiers toilettes – essuie-tout ; produits d'entretien)
·       Choisir des produits à longue durée de vie : lampes fluorescentes, accumulateurs rechargeables, matériels électroménagers résistants (projet de norme pour l'affichage de la durée de vie des équipements)
 
3)    Prolonger la durée d'utilisation, la « vie » des appareils et objets : réparer, rénover, ce qui a (presque) complètement disparu des comportements. Une étude anglaise a montré que 10% des dépenses liées aux appareils ménagers était aujourd'hui consacré à la réparation contre 50% dans les années 60. Pour les chaussures, le taux est passé de 35% en 64 à 1% en 2003. Dans les 2 cas, c'est à la fois l'arrivée massive de produits bon marché importés et l'attrait de la nouveauté/ou la course à la vitesse pour l'informatique qui poussent au renouvellement et au délaissement de l'usagé.
 
            L'absence de pièces de rechange et la non-réparabilité des objets (cas des chaussures de sport) sont ensuite un facteur limitant pour l'électroménager. La réparation entraîne pratiquement toujours un bénéfice écologique : si les vieilles machines à laver dévoreuses d'eau et d'énergie par exemple gagnent à être remplacées, la fabrication d'un écran d'ordinateur consomme tellement d'énergie que son remplacement pour un écran plus économe n'est pas intéressant écologiquement.
 
            Le secteur de la réparation et de la rénovation permettrait de créer un tissu économique local de services. En France aujourd'hui, ce sont des structures de type Emmaüs ou le réseau Envie qui jouent ce rôle de réparation/rénovation et revente d'objets de seconde main. Le concept de recyclerie, faisant intervenir l'économie sociale et solidaire, fait son chemin au niveau politique mais peine pour
 
l'instant à se mettre en place dans des proportions qui inverseraient la tendance. Il faut à la fois que le fonctionnement de ces structures s'adaptent à des flux plus importants mais également qu'il existe des clients pour ces produits.
            Bon signe : on assiste à une certaine réhabilitation de la « seconde vie » : frippe, chine, trocs, récupération sur les trottoirs, on cherche l'originalité et l'authenticité dans ce qui a déjà vécu. 
 
 
 
 
4)    Au lieu qu'un bien passe de propriétaire en propriétaire, on peut envisager de partager les biens pour les utiliser au mieux :
·       Pour éviter le gaspillage de vaisselle jetable, la ville de Munich a créé un service de location de vaisselle réutilisable et de lave-vaisselles : la production de déchets pendant la fête de la Bière a chuté de 11 000 tonnes à 500 tonnes, soit 20 fois moins.
·       Passer à des modes de propriété en commun, acheter des services plutôt que des biens, ce qui demande, au delà de la révolution des moeurs, à réorganiser les services de vente.
·       Vente entre particuliers (peer to peer) : se défaire de la propriété, partager les biens par exemple les livres, CD, DVD, ... rejoint un certain minimalisme
 
            Mais les actions individuelles ne suffisent pas, on voit leurs limites, ce sont les processus de production, de distribution et de vente qui doivent être modifiés par les entreprises et orientés par l'action publique.
 
 
Responsabilité des entreprises
- Conception des produits et de leurs emballages :
·       Sur les emballages : diminution sensible des poids unitaires, mais gain compensé par augmentation du nombre d'unités mises sur le marché ;
·       Sur les produits : développement d'outils de conception prenant en compte les impacts (consommation d'énergie, pollutions, déchets) sur tout le cycle de vie. Les déchets seront pris en compte au cours de la fabrication et en fin de vie, ainsi que la réparabilité et la recyclabilité. Des outils sont développés (électroménager, ameublement, ...) mais cela ne permet pas de freiner la tendance au renouvellement, à la baisse de la durée de vie des appareils, à leur non réparabilité.
·       Au delà, on ne peut pas compter sur les entreprises pour s'auto-limiter dans le développement de produits inutiles, et de créer le besoin correspondant : un produit bien conçu peut ne présenter aucune utilité sociale. On voit cependant des entreprises baser leur développement et leur marketing sur des produits « écolo », surfant sur la vague mais faisant également le pari du changement de tendance.
    Pour compenser cet état de fait, les producteurs de biens sont rendus responsables de la fin de vie de leurs appareils. Ils doivent organiser et financer la collecte et le traitement des produits en fin de vie, avec des objectifs de réutilisation et de recyclage, et intègrent les coûts correspondants dans le prix du neuf : le financement bascule du contribuable au consommateur, en augmentant au passage puisque que les déchets étaient généralement mal traités.
·       Le premier exemple est celui des emballages : le point vert correspond à une participation versée à Eco-Emballages qui finance la mise en place des collectes sélectives. Cependant ce financement n'est que partiel (50% environ du coût total) ;
·       C'est le cas des piles, des véhicules, des pneus, bientôt des déchets d'équipements électriques et électroniques càd équipements électroménagers et informatiques principalement. Dans ce cas, la mise en place de la filière qui doit conduire à un taux de réutilisation pourrait être l'opportunité pour les entreprises sociales d'obtenir de véritables financements pour passer à une autre échelle, encore faut-il que les fabricants jouent le jeu de la réutilisation.
 
Enfin, les collectivités locales peuvent agir :
    Agir sur le comportement des consommateurs, via la facturation du service : nécessite de savoir ce qui est produit par chaque ménage (pesée embarquée) ...
    Sensibiliser, organiser des actions locales, dynamiser le tissu industriel ...
 
  
Conclusion
 
           
            Certains choix individuels peuvent avoir des impacts significatifs sur la taille de notre poubelle. Mais on a vu également leurs limites : des résultats à grande échelle ne peuvent être le fait que d'une offre alternative de produits et services et de la (re)mise en place de nouvelles filières et métiers, comme par exemple la réparation. Nos efforts ont donc également un sens en tant que signaux donnés aux entreprises sur de nouvelles exigences du consommateur.
            La production de déchets comme la consommation d'énergie nous démontrent les limites de notre société de consommation, à la différence près qu'ils sont plus tangibles et qu'on les côtoit tous les jours. On ne s'en débarrasse plus aussi facilement, du fait notamment du refus des populations d'accueillir des installations de traitement. Ils deviennent pour le coup encombrants et réinvestissent l'espace public : ils nous forcent à les regarder en face.
 
            Le régime minceur ne passera que par une modification des circuits de production et de consommation. On peut donc être sceptique sur l'efficacité du plan national, qui ne comprend pas de mesures phares et vraiment alternatives.
 
            Mais la réappropriation politique du sujet par le public peut conduire à une réorientation de ces schémas :
    de par ses actions individuelles d'abord,
    de par son action auprès des pouvoirs publics qui disposent de leviers efficaces, notamment d'outils économiques,
    de par la sensibilisation ensuite car chacun est concerné sur le plan personnel et aussi dans sa sphère professionnelle : la prévention se joue en amont, loin des spécialistes du déchet et ce sont les concepteurs, les acheteurs, en un mot les décideurs chacun à leur niveau qui peuvent infléchir la tendance.
Les déchets comme le reste des problématiques environnementales ne doivent plus être traités « au bout du tuyau » mais pris en compte de façon transversales dans les activités humaines.
 
            Pour terminer sur une note positive :
Le département des Landes a acté le premier plan départemental de prévention, annexé à son plan départemental d'élimination, sous l'influence des associations de protection de l'environnement et de consommateurs (guide de la réparation, promotion de l'éco-conception) ;
 
            Et d'une façon générale, on voit fleurir les sites d'éco-consommation, les tests de comportements etc. Espérons donc que cela présage d'une infliltration rapide de cette nouvelle culture.
 
  
Caroline FORGUES – consultante "CAIRN ENVIRONNEMENT" à Perpignan
www.cairn-environnement.fr
 
 
 
 
 
 
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