La crainte d’une modification
du climat par augmentation des émissions anthropiques de gaz à effet de serre se fait jour dans les années 1970. En 1989, le magazine Times, en attribuant à la Terre le
« titre » de Planète de l’année après la sécheresse de l’été 1988 aux États-Unis, fait du climat une « vedette », statut qu’il a conservé.
La quasi-totalité de la communauté scientifique est du même avis sur le constat suivant :
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la composition chimique de l’atmosphère a subi, depuis le début de l’ère industrielle (1850) des modifications sans précédent durant les derniers 600 000 ans avec
une élévation des gaz à effet de serre, notamment du dioxyde de carbone et du méthane ;
v
ces modifications ont entraîné une élévation de la température moyenne du globe de 0,6 °C et une montée du niveau marin de 20 cm. Elles provoqueront dans quelques
décennies un réchauffement de plusieurs degrés entraînant une montée du niveau marin, la fonte des glaciers et des dérèglements des vents et des précipitations.
Pour mettre en lumière
ce réchauffement dû à l’augmentation des gaz à effet de serre, encore faut-il pouvoir se référer aux climats passés. Cet exercice est dénué de sens si l’on compare…ce qui n’est pas
comparable. Il y a 4,5 milliards d’années, l’atmosphère primitive est gorgée d’eau et très riche en CO2, la température au sol n’est pas compatible avec la vie d’autant que rien
n’arrête le rayonnement ultraviolet du soleil. Le climat de notre planète n’avait non plus rien à voir avec l’actuel il y a 430 millions d’années, quand c’est le Sahara qui se trouve au pôle
Sud.
La période de référence
est donc le dernier million d’années où la position des continents est proche de l’actuelle à quelques dizaines de kilomètres près et l’atmosphère pratiquement la même qu’aujourd’hui. Grâce aux
bulles d’air emprisonnées dans les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, les scientifiques ont reconstitué la composition de l’atmosphère et sa température depuis 600 000 ans. Le
constat est sans appel. La teneur en CO2 de l’atmosphère oscille entre 0,18 millième du volume de l’air durant les glaciations et 0,28 en période interglaciaire C’est la teneur qui
était la sienne en 1850 ; aujourd’hui elle atteint 0,38 ! Notons que l’effet de serre naturel, principalement dû à la vapeur d’eau, au CO2, au méthane permet à la Terre de
connaître une température moyenne de 15 °C ; sans cet effet, elle serait de –18 °C.
Il est donc grand temps
d’agir. Un premier pas a été franchi à Kyoto en 1997. Même si cet accord est insuffisant, même si des pays comme les États-Unis et l’Australie ne l’ont pas signé, même si on peut critiquer le
système d’échange de droits d’émission (que certains appellent « droits à polluer »), c’est la première fois qu’une instance internationale programme une
décroissance.
Si l’émission de gaz à effet de serre par les activités agricoles,
industrielles et domestiques provoque une telle élévation de température, c’est parce que ces gaz sont à l’état de traces dans l’atmosphère : moins de 4 millièmes du volume de l’air pour le
CO2. Dans cette situation, le rejet annuel de 7 milliards de tonnes de carbone modifie considérablement l’effet de serre, donc le climat.
Pour revenir en 2012 aux mêmes émissions qu’en 1990, le protocole
de Kyoto impose une réduction moyenne de 5 % des émissions actuelles. Cette moyenne cache de grandes disparités d’un pays à l’autre. Ainsi l’Allemagne doit réduire ses émissions de 21 % alors que
l’Islande pourrait les augmenter de 10 %. La France, grâce à son parc nucléaire, peut maintenir ses émissions au même niveau qu’en 1990. Les pays en développement n’ont aucune contrainte jusqu’en
2012 mais la question est posée de l’après-Kyoto. Le système de régulation par échange de droits d’émission est en place et le CO2 est déjà côté dans les bourses européennes. Le
système devrait être assez efficace. Prenons l’exemple de 2 usines dont les rejets totaux doivent diminuer de 5 % ; si l’une des deux, parce qu’elle a modernisé ses installations, émet
nettement moins que son quota, elle peut vendre à l’autre ses droits d’émission. Le résultat sera que l’ensemble des deux auront respecté le contrat et que l’usine la moins performante aura tout
intérêt dans l’avenir à améliorer ses performances plutôt que d’acheter au cours du marché des droits.
Quelques faits pourraient rendre pessimiste. Les pays les plus décidés à Kyoto, comme la France
et le Japon, ont pris du retard par rapport à leurs engagements. Les États-Unis et l’Australie ne veulent toujours pas s’engager à une moindre consommation. Les pays émergents, comme le Brésil,
la Chine et l’Inde, ne voient pas au nom de quel principe ils n’utiliseraient pas leurs réserves fossiles de pétrole et de charbon. La seule solution semble bien être une « décroissance
soutenable ». Il faut que le critère d’évaluation de la réussite d’un pays ne soit plus son Produit intérieur brut et que le but à atteindre ne soit plus l’American way of life. Un
meilleur aménagement des villes et la réalisation de maisons à très faibles dépenses d’énergies représente certainement une voie à suivre.
Il faut donc moins consommer et utiliser toute la panoplie des énergies
disponibles :
· les énergies renouvelables, sans se bercer d’illusions. Durant la décennie d’installation de son parc de 6 000 éoliennes, le Danemark a tellement accentué sa consommation
d’énergie, que ces éoliennes compensent seulement une de ces dix années d’expansion ;
· les énergies durables « classiques » comme l’hydraulique. Si la France et la Suisse exploitent la totalité du potentiel, les pays d’Asie ont encore de grandes
possibilités et l’Afrique utilise seulement 5 % de ce potentiel ;
· le nucléaire dont le monde ne pourra se passer d’autant que le traitement des déchets devra rapidement s’améliorer.
Ceci est d’autant plus nécessaire qu’aucune énergie de remplacement aux combustibles fossiles n’existe encore, même dans les
« cartons » des scientifiques.
Guy JACQUES - Le changement climatique, 2004. Collaboration H. Le Treut. - Ed. Unesco